Orange fait main basse sur la fibre

LES ECHOS du 07/12/2012 (Solveig Godeluck)

 

L'opérateur historique accélère ses déploiements en très haut débit fixe et vise 1 million d'abonnés pour la fin 2014.

SFR et Free , dont les finances sont plus tendues, ont du mal à suivre le programme d'investissements.

 

Orange espère bien rafler la mise dans la fibre optique. L'opérateur historique cherche à profiter des difficultés financières de ses poursuivants SFR et Free. Cette année, il a doublé ses investissements dans la fibre, à 300 millions d'euros. Ce montant doit grimper à 350 millions, puis 400 à 500 millions d'euros par la suite. Alors que le revenu par utilisateur est en chute libre dans le mobile, il a commencé à remonter dans le fixe, où le groupe veut monétiser la télévision à la demande et les jeux vidéo. L'abonné pourrait, à la longue, accepter de payer une dizaine d'euros de plus par mois. Orange va s'appuyer pour cela sur sa nouvelle Livebox, lancée en février. « Quelque chose est en train de se passer », observe un concurrent. Au troisième trimestre, Orange a recruté 21.000 nouveaux abonnés fibre, contre seulement 13.000 pour SFR et Free. Or, l'opérateur historique vient d'annoncer qu'il voulait atteindre 1 million d'abonnés fin 2014, contre 144.000 à fin septembre : il va donc quintupler son rythme de recrutement.

 

Un boulevard devant lui

 

S'il doit faire face à la concurrence de Numericable, qui compte près de 600.000 abonnés au très haut débit, Orange sait qu'un boulevard s'ouvre devant lui face à SFR et à Free. Le premier est sous pression sur son métier le plus rentable - le mobile - depuis que Free a dégainé ses offres low cost en début d'année. Sa rentabilité s'en ressent et l'opérateur serre les coûts. Quant à son actionnaire Vivendi, qui souhaite céder SFR, il est peu enclin à se lancer dans les coûteux investissements qu'exige le très haut débit.

De son côté, Free n'a pas les capacités financières nécessaires pour investir dans le très haut débit et se focalise sur le déploiement de son réseau mobile. A l'Autorité de régulation des télécoms (Arcep), mardi, Laurent Laganier, responsable de la réglementation chez Free, a mis en émoi les tenants du très haut débit pour tous en expliquant que la fibre, servant surtout à regarder la TV en haute définition, n'était pas un facteur de compétitivité si crucial et qu'il valait mieux dans l'immédiat miser sur le cuivre dopé (le VDSL).

En pratique, les opérateurs doivent co-investir dans les zones les plus denses couvrant 60 % de la population. Mais, malgré les effets d'annonce, le schéma est loin de démarrer sur les chapeaux de roue. Orange dit avoir commencé à déployer la centaine de communes annoncées. SFR, qui devait déployer 23 villes en 2012, assure que 6 d'entre elles sont en cours, et souligne que Bondy a été ouverte à la commercialisation il y a déjà un an. Quant à Free, qui avait été le pionnier de la fibre optique en zone très dense, il ne s'est pas engagé à déployer mais seulement à co-investir au Havre, à Dijon, à Brest et à Reims. L'opérateur promet qu'il paiera ses factures quand Orange commencera à les lui envoyer. Son souci numéro un est de ne pas laisser Orange regagner des parts de marché dans les grandes villes. En effet, si SFR et Free ne co-investissent pas maintenant avec Orange, ils devront louer son réseau à des tarifs non régulés ( ainsi que l'a promis Bruxelles), donc élevés. Alors que l'Arcep vient de lancer une consultation sur la réglementation de la fibre, certains aimeraient bien soumettre l'ex-monopole du téléphone à des règles plus dures. Mais ni l'Arcep, ni le gouvernement ne veulent mettre de boulet au pied du principal investisseur dans la fibre, alors qu'ils ont promis le très haut débit pour tous d'ici à 2022.

Guillaume de Calignon

Solveig Godeluck