A qui profite la fibre ?

NR du 27/09/2017 : France/Monde - Économie

Le meilleur du très haut débit est réservé à une minorité d'urbains
(PhotoPQR Nice Matin).

Le déploiement de la fibre creuse les inégalités et renchérit les tarifs déplore l’UFC-Que Choisir dans une étude très documentée.

 

Plus de sept millions de Français ne disposent pas d'un accès décent à Internet, dénonce à l'UFC-Que Choisir. Explications d'Antoine Autier, responsable adjoint des études de cette association de consommateurs.

 

Le déploiement de l'Internet très haut débit reste un privilège ?

« Oui, car la fracture numérique s'accentue et dans notre étude, nous chiffrons son étendue au regard des dernières données disponibles. Nous montrons qu'aujourd'hui en France, 7,5 millions de consommateurs sont privés d'un accès internet avec une qualité décente, de trois mégabits par seconde. »

 

Concrètement, ça représente quoi ?

« C'est une vitesse minimale pour utiliser, par exemple, la visioconférence. En dessous, on ne peut pas profiter des services du Web dans de bonnes conditions. Et il faut aussi prendre en compte le multi-usage. Aujourd'hui, dans un foyer, deux ou trois personnes utilisent la connexion internet en même temps, sans oublier la télévision via la box qui tourne pendant ce temps-là et qui mange pas mal de bande passante. Donc, cette barrière de trois mégabits par seconde est extrêmement tolérante. Nous aurions pu fixer la barre plus haut. Un Internet de bonne qualité, c'est huit mégabits par seconde. »

 

Qui sont les victimes de ces inégalités d'accès au Web ?

« C'est sans surprise : ce sont les petites communes et les départements ruraux qui subissent ce décrochage. Ça n'est pas dans les zones ou la qualité de l'ADSL (de l'anglais Asymmetric Digital Subscriber Line, c'est la technique de communication numérique actuelle) était médiocre que la fibre est déployée. »

 

On ne prête qu'aux riches ?

« Le cadre actuel de déploiement du très haut débit permet aux fournisseurs d'accès de le faire là où ils le souhaitent. Donc, concrètement, ils déploient dans les zones les plus rentables. »

Les opérateurs ont calculé leur rapport coûts-bénéfices. Tirer des kilomètres de fibre optique pour une poignée d'abonnés, ça n'est pas rentable. C'est la logique du marché qui s'oppose à celle du service public. Comment y remédier ?

« C'est à l'État et aux collectivités locales de pallier aux défaillances des opérateurs privés pour déployer les réseaux dans les zones où ils sont défaillants. »

 
Propos recueillis par Christophe Colinet